De la tête au papier

Le petit personnage veut vivre. Alors qu’il n’existe encore que dans ma tête, il met mes mains en mouvement. Animée par sa force invisible, je sors le papier, les pinceaux, les plumes et toutes mes encres.

Dessin de style de bande dessinée. La petite femme lève les yeux dans les airs avec un sourire rêveur. Elle pose sa tête sur une main. Un petit cœur est dessiné au-dessus de sa tête.
Tusche Illustration im Stil einer Comic Zeichnung. Die kleine Frau im gepunktetem Outfit hält ein Huhn in den Händen. Mit Feder und Pinsel gezeichnet.
Dessin de style de bande dessinée. L'illustration à l'encre montre la petite femme en tenue à pois faisant un poirier. Elle sourit.
Tusche Illustration für die Kategorie "Körper Skizzen". Die kleine Frau mit gepunktetem Outfit steht vor einem Spiegel. Sie hält eine Hand auf seiner Oberfläche und schaut ihr Spiegelbild an. Sie fragt „Wer bist du?“. Die feine Zeichnung ist mit Pinsel und Feder gezeichnet.

– « Oui, oui, attends. Tout de suite. Maintenant, ça peut commencer. Et d’abord, quelle couleur veux-tu ? »

Le personnage bouge mes mains rapidement et j’ai déjà devant moi une infinité de pots d’encre.

– « Jaune ? Vert ? Vert doré ? Jaune vert ? Jaune poussin ? Jaune dent ? Jaune Formica ? Hmm… OK, ce ne sont pas exactement mes couleurs ! »

– « Mais ce sont les miennes ! »

Je dessine. Le personnage, qui n’existe encore que dans ma tête, n’est pas satisfait.

– « Je ne ressemble pas du tout à ça ! »

– « Je sais. »

Je dessine.

– « Pas comme ça ! »

– « Je saaaaais. Je me mets dans le bain. »

– « Bon, qu’en penses-tu ? »

– « Pas mal, mais pas bien. »

– « C’est aussi mon ressenti. Dis-moi, comment est ton nez ? Pointu, rond ? Petit, grand ? »

– « L’apparence de mon nez, c’est ta tâche. En tout cas je suis mignon, intelligent, joueur et tout simplement heureux. »

– « Tu en as de la chance. »

Puis vient le grand moment. Silence. Je regarde le dessin. Je ne sais plus où se trouve le personnage. Dans ma tête ou sur le papier ?

– « Hé. Tu es là ? »

Silence. Le personnage sur le papier me regarde. Il a l’air mignon, mais pas magnifique, intelligent, mais pas surdoué, joueur et heureux assurément.

Et vert, il a un air très vert. Alors je me demande quel effet fera ce vert doré sur mon site internet – un vert qui dans ses pires moments n’est que kaki et qui présente, à ses meilleurs jours, une touche chaude orangée. M’enfin… Ce n’était pas ma décision.

On dirait que ce personnage ne se fait pas de soucis. Ça m’inspire.

« Je ne m’en fais pas, tu l’as dit ! C’est l’idée que je ne sois pas comme toi ! »

– « J’en conviens. Oh et ! Tu parles à nouveau ? »

Je me remets à ma table de travail. Je dessine et dessine. Ils sont beaucoup. Soudain je ne sais plus où se trouve le vrai, l’original, le véritable personnage.

– « Elle, c’est toi ? »

– « Non. »

– « Et celui-ci ? »

– « Non. »

– « Mais où es-tu bon sang ? »

– « Celle-là a mon nez, celui-là a mes mains. Mes yeux, tu les prends ici. »

Le lendemain, aux premières lueurs, je bricole.

Puis cela se produit à nouveau. Silence. Je crois qu’aujourd’hui nous fêtons un anniversaire.

– « Maintenant il nous faut te donner un nom. Et qu’es-tu au juste ? Femme, homme ? Enfant ? Tout à la fois ? Es-tu très jeune, très vieux ? Les deux ? »

Mais le personnage ne parle plus. Il n’existe maintenant que sur le papier. Et moi, je peux me reposer.

Je me suis faite à la vie avec le petit personnage. Ce n’est plus aussi incroyable qu’aux débuts, mais c’est encore très sympathique. Parfois je pense que le personnage n’est pas assez élégant. Qu’il a un air un peu grossier. Je trouve qu’il a même parfois l’air bête. Mais attendez, suis-je une maman qui aime inconditionnellement, ou pas ?